Interdisciplinarité

Conjuguer les apports de

 la recherche académique

et de la pratique

des arts chinois du corps

 

 

Praticiens & Chercheurs. À la croisée de deux mondes sociaux

Par une démarche à la fois intellectuelle et pratique, l’INACC se donne pour mission de conjuguer les apports de la recherche académique et de la pratique des arts chinois du corps. Les acteurs de ces deux mondes ayant des objectifs et des méthodes différentes, ils éprouvent souvent des difficultés à communiquer.

L'exploration et l'approfondissement des savoirs incorporés chinois et de leurs contextes de pratique n’est pas seulement une démarche de « culture générale ». Avancer dans la maîtrise d’un savoir incorporé implique de déconstruire des préjugés et d’affiner ses connaissances. Les concepts, les images, les intentions et les méthodes mises en œuvre dans la pratique et l’enseignement déterminent le sens et le type d’efficacité que portent les gestes et les paroles. Il s’agit donc d’une forme d’engagement et de prise de responsabilité à la fois éthiques, intellectuels et pédagogiques ; une démarche de « praticien-chercheur », pour laquelle la recherche académique propose des outils pertinents.

Biomécanique et savoirs traditionnels

Les savoirs occidentaux modernes (sport, biomédecine, biomécanisme…) nous offrent une approche rigoureuse et riche des savoirs incorporés chinois. De nombreuses recherches très fécondes sont menées dans les universités et les hôpitaux chinois depuis au moins les années 1950 ; et plus récemment en France, où ces savoirs incorporés commencent à être pris en compte dans les institutions biomédicales et sportives : Rapport de l’Académie nationale de médecine (2013) ; Stratégie de l’Organisation mondiale de la santé pour la médecine traditionnelle 2014-2023 ; Stratégie nationale du sport-santé 2019-2024.

Ce type d’approche rencontre néanmoins des limites dans sa capacité à comprendre les Arts chinois du corps dans leur altérité et à en « traduire » toutes les modalités et les subtilités. On constate ainsi, par-delà leurs apports incontestables, une déperdition de potentiel au regard de savoirs traditionnels qui ne peuvent être compris qu’à partir d’un contexte culturel, historique et social spécifique. Chercher à appliquer de manière unilatérale les concepts et les catégories de l’Occident moderne à une culture simplement Autre, n’est-ce pas mettre en danger la diversité culturelle ? Comme l’exprime Claude Lévi-Strauss,

« …l’homme ne réalise pas sa nature dans une humanité abstraite, mais dans des cultures traditionnelles où les changements les plus révolutionnaires laissent subsister des pans entiers et s’expliquent eux-mêmes en fonction d’une situation strictement définie dans le temps et l’espace » (Race et histoire, 1952, p. 23).

 

Les Sciences humaines et sociales complètent les approches biomécaniques par des outils et des cadres de pensée cohérents et fondés intellectuellement, tout en se mettant à l’écoute de l’Autre, en cherchant à comprendre la cohérence, le sens et l’efficacité que chaque culture se donne à elle-même. L’INACC s’inscrit en ce sens dans une démarche de réflexion sur un patrimoine culturel immatériel de l’humanité et de promotion de la diversité culturelle, nécessaire à la compréhension mutuelle et pacifique entre les peuples, telle que promue par l’UNESCO.

Maîtrise technique et élaboration de soi

Nombreux sont ceux qui, parmi les pratiquants occidentaux des arts chinois du corps, cherchent à s’émanciper des formes techno-scientifiques du savoir, qu’ils associent souvent à diverses formes politiques de domination. On observe alors des régimes de discours plus « littéraires » sur les pratiques, relevant notamment de la réflexion symbolique ou de l’exploration spirituelle. Manquer de repères méthodologiques et conceptuels cohérents et étayés dans une telle démarche implique le risque de teinter le discours d’exotisme ou de fantasmes, de croyances erronées, inefficaces ou partisanes, là aussi symptômes de la méconnaissance de l’Autre. Plus grave, différentes formes de manipulations psychologiques ou mercantiles peuvent être mises en place de manière plus ou moins intentionnelle, impliquant jusqu’à de rares risques de dérives sectaires.

Les enseignants des arts chinois du corps prennent des responsabilités éthiques et techniques vis-à-vis de leurs élèves, mais aussi, à leur échelle, vis-à-vis d’une mondialisation où s’opposent des tendances à l’homogénéisation culturelle et au maintien de la diversité. Dans les traditions des Arts chinois du corps, l’intellect et les affects ne s’opposent pas, mais cherchent au contraire à se compléter. Comme le souligne le sens même du terme gongfu, c’est en se confrontant à l’apprentissage des formes techniques, artistiques ou philosophiques particulières et en faisant preuve de réflexivité que se développe une maîtrise à la fois technique et intérieure, ainsi qu’une compréhension plus vaste du monde.

 

Légendes

Roliball, à Pingyao (Shanxi). © S.Trompé-Baguenard, 2018.

Liu Jian (1886-1956) supervise l'enseignement du xingyiquan dans sa famille, en 1938 à Taigu (Shanxi). Collecté par L. Chircop-Reyes.

 

Cours de taijigun pour les secondes du Lycée Laure Gatet (Périgueux). © Jean-Jacques Sagot, 2000.

Le maître d’arts martiaux taoïstes Li Jiazhong enseigne après les cours aux collégiens du village de Litang (Hunan). © G. Favraud, 2005.

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